Balade en Andalousie avec canne anglaise

Genalguacil

Au coeur de la Sierrania de Ronda, Genalguacil, un petit village blanc de 400 habitants dégringole sur les flancs des montagnes couvertes de châtaigners, d'oliviers d'amandiers. Un rêve d'Andalousie loin des flots touristiques, un "pueblo fatal para las rodillas" ( un calvaire pour les genoux) me dit, en voyant ma béquille, la boulangère ambulante avec l'empathie naturelle et joviale qui caractérise les gens d'ici. Elle n'a pas tort.

Genalguacil : "Les jardins du Vizir" fait officiellement partie des plus jolis villages d'Espagne. Les arabes  qui y sont restés jusqu'à la fin du 16ème siècle, chassés après une sanglante rébellion, ont marqué de leur influence la structure urbaine et l'architecture des bâtiments. Les maisons blanches suivent les pentes sinueuses et abruptes de la montagne. Les rues étroites se perdent dans des labyrinthes d'escaliers et de placettes bordés de fleurs et de citronniers. Un enchantement des sens, un émerveillement permanent pour qui peut dévaler allègrement les dénivelés.

Genaguacil un village que l'on peut croquer de loin.

photographier du musée

dessiner dans le cadre enchanteur des citronniers et des jardins  fleuris

                                                                                   sur les hauteurs du village.

dans le murmure des fontaines.

                                                                sur les terrasses abandonnées         

ou celle  du bar El  Refugio d'où le regard  embrasse toute la Sierra de Beremeja

L'église de San Pedro Martir de Verona

L'église San Pedro et son clocher rouge se font d'emblée remarquer. Un mélange de style baroque et de réminiscences mozarabes. Détruite lors de la rébellion maure de 1570, elle fut reconstruite au 18ème, avec des aménagements plus catholiques.

L'église et la fresque murale  rappellent  le passé arabo andalou du village. Un effet saisissant par les temps qui courent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La plaza de la Constitución est un peu voilée par les barnums de la fête. Dommage, il parait que le panorama en temps normal est extraordinaire.

On se contentera donc de découvrir tous les trésors dont regorge le village.

Pendant que certain.e.s de mes ami.e.s se lancent sur les chemins de l'aventure, la mienne se dessinera essentiellement  autour de la rue Parras. Un univers de fleurs et de couleurs qui invite les éclopés et les vieux  à la flânerie et aux rencontres. 

En partant  de la toute petite maison de Bryony, notre jeune amie irlandaise, on peut découvrir des merveilles.

De la fenêtre du n°5 de la rue Parras, vue sur les toits et le musée

Par la fenêtre du n°11. Vue plongeante sur l'escalier inaccessible

Un peu plus loin, chez la famille Velazques,  le bleu des pots en terre  rivalise avec l'azur du ciel.

A droite , dort le chat pétrifié sur son dôme de céramique. Celui là au moins n'est pas sauvage.Il s' est  entouré de deux bancs bien commodes pour  le croquer  ou pour se reposer après les montées épuisantes. 

Dans un recoin: une œuvre d'art ou un programme de soutien pour homme penché?

Au coin de la rue, une sculpture taillée dans un souche d'arbre.

Cent  mètres plus loin, la Calle Arroyo fleure bon le Maroc  si proche.

Et si on descend un peu, on est sûr de devoir remonter.

De belles perspectives en perspective.

  Genalguacil, un  musée à ciel ouvert. Une belle histoire de culture et de renouveau.

Tout commence ici dans les années 1990 lorsque  le maire, pour juguler le dépeuplement du village, décide d'organiser "Les rencontres de l'art". Tous les deux ans, des  centaines de projets sont sélectionnés, parmi lesquels une dizaine seront retenus pour être exposés de façon permanente dans le village. Dans les dédales du petit bourg,  le promeneur peut dénicher, éparpillés entre ruelles et jardins, plus de 200 œuvres contemporaines insolites et engagées.

Souvent féministes et provocatrices, elles savent manier  l'humour pour interroger la société espagnole sur ses valeurs plus traditionnelles.

Un abreuvoir à têtes  d'ânes désabusés     Un arc de triomphe  déjanté            un  chat carrelé

Dans cette terre de migration et de vieillissement, s'imposent  naturellement  deux figures emblématiques : celle du migrant séparé de sa famille et celle de la vieille femme esseulée, condamnée à gravir les pentes d'un village construit à flanc de montagne." Estoy hasta el moño de subir cuestas" ( J'en ai raz le chignon ou la casquettede monter les pentes) 

La Fête de San Pedro "martir de Verona"

S'il est difficile d'imaginer une ville espagnole sans  fêtes, il est encore plus difficile de se représenter  la ferveur qui s'empare d'un  village célébrant  son saint patron. A Genalguacil il s'agit de Saint Pierre, martyre de Vérone(1205-1252). Dominicain, pourfendeur de cathares, il  mourut attaqué à coup de serpe et poignardé par un certain Cinisello Balsamo qui s'en repentit, au point de devenir dominicain à son tour.  Le Saint à la tête fendue donne lieu à cinq jours de liesse, mêlée de piété, d'ivresse et de retrouvailles familiales. Une occasion offerte  à la  diaspora éparpillée en Europe de se réunir, toutes générations confondues, pour défiler en procession, chanter et danser dans la pure tradition andalouse. Magnifique!

Saint Pierre, le saint martyr, à la tête fendue et à la poitrine poignardée. Saint patron du village et héros stoïque de la fête .

Bien sûr, tout commence par une messe où sont exhibés les robes à volants et les costumes impeccables. Le Saint parcourt ensuite les ruelles de Genalguacil porté par les hommes, entouré par les femmes et les  enfants au son d'un orchestre local.

Trop belles pour danser!

Même dans le brume matinale, la fête continue . Un paso doble par ci, un paso simple par là accompagnés de pétards rythment les cinq journées de liesse,  dès  5h du matin au lendemain à 2h. Boules Quies recommandées pour les gens de passage.

Une des cinq journées est consacrée au rallye des bars. Notre préféré El refugio où s'attardent les bandas assoiffées.

Et pour clôturer la fête, une paella gigantesque et gratuite est offerte à tous les participants   âgés de 6 mois à 99 ans.

Mais tout a une fin, même les lampions de la fête!

Il est temps de visiter les environs.

Jubrique

Jubrique ( lieu d'abondance en arabe),  le village  voisin ressemble à Genalguacil en cette fin avril, la fête en moins le silence en plus. La vigne a beaucoup joué pour sa réputation. Elle fournit vins et eaux de vie, dont témoigne encore l'alambic municipal exposé devant la place du village.

Ronda

Située au coeur de la province de Malaga Ronda , nichée sur une falaise de 120 mètres de haut , surplombe El Tajo, dont la gorge profonde sépare les deux parties de la ville.

Son site si impressionnant et ses richesses culturelles attirent les touristes du monde entier. On se souvient avec une pointe de nostalgie du temps où l' on vaquait près des arènes, presque seuls, dans l'ombre d'Hemingway.  Le glas a cessé de sonner derrière les guides interlopes.

Pourtant devant l'église, un jour de mariage, plane comme un parfum d'Espagne intemporelle.

Setenil de las Bodegas

Autre ville blanche, blottie sur les berges du Tejo, Setenil s'enroule comme un long serpent le long de ses rives avant de grimper tout au long des falaises jusqu'au château arabe pour redescendre dans les entrailles de la terre où se pressent les constructions troglodytes. Une merveille pour les yeux, un délice pour les papilles, un enfer pour les genoux....

Et voilà! Ainsi s'achève le récit rapide d'un court séjour dans une Andalousie plus secrète et néanmoins ouverte sur le monde, fascinante et fatigante, traversée par le tourisme et repliée sur elle-même.

Mais c'est encore très touchés par l'accueil des habitants de Genalguacil que nous repartirons heureux d'avoir côtoyé une cordialité villageoise aussi vivace qu'authentique. Sur les genoux certes,  mais le regard tourné vers la beauté des choses.

Puisse cette impression  être préservée après les  prochaines élections en Andalousie!

Partagez votre site